Le compteur Linky fait exploser les factures !… (vraiment ?)
Au préalable, précisons que je n'évoquerai pas les consommations pour la simple raison que le compteur Linky comptabilise la consommation de la même manière que n’importe quel compteur. 1 kWh consommé "avant" sera toujours comptabilisés de la même manière. En revanche au sujet de l’abonnement, ça peut être différent, et je vous explique pourquoi.
Tout d’abord, en cette période de Bac, commençons par un peu de maths (super light je vous rassure). La notion à retenir est : 2+2+2=6
Jusque là ça va ? Si oui, alors vous êtes sauvés, et vous êtes déjà armés pour ne pas céder aux messages alarmistes en la matière.
En effet, la récente émission d’Envoyé Spécial diffusée le 14 juin dernier a généré des réactions concernant le témoignage de ces clients, qui expliquaient que depuis la pose de leur compteur, leur installation disjonctait régulièrement. Faute de rechercher à présenter une explication sur ce sujet malgré les longues heures de tournage au sein d'Enedis, le journaliste a pris le curieux parti de laisser le téléspectateur prendre le témoignage pour argent comptant, sans même tenter de lui apporter une quelconque tentative d'explication. Un choix éditorial sans doute.
Concernant le fond du sujet, à savoir l'augmentation des factures, il existe deux manières d’appréhender la chose…
1 - La facilité du « avant ça marchait bien, et depuis Linky ça marche plus, donc c’est la preuve !... ». C’est le raisonnement simpliste pourtant adopté par défaut par les anti-Linky. Stéphane Lhomme s’en est d’ailleurs immédiatement gargarisé sur son site http://stopgazparlinkysaintbrieuc.over-blog.com/2018/06/site-de-stephane-lhomme-pour-ceux-qui-ne-connaitraient-pas.html , sans vraiment y réfléchir en fait (mais bon, c’est le jeu…).
2 – L’effort (modeste) qui consiste à chercher à comprendre… Mais voilà, comme le dit le vieil adage, « il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre »… Perso, je préfère celui qui pose une question, et qui ensuite cherche à écouter (vraiment) la réponse.
2+2+2=6 on disait ?
Revenons aux maths. Si 2+2+2=6, on peut facilement comprendre que 2000+2000+2000=6000. C'est-à-dire que si je tente de faire fonctionner simultanément 3 appareils de 2000 Watts avec un contrat à 6000 Watts, je suis alors au taquet et je frôle le déclenchement du disjoncteur. Là-dessus, si j’ajoute un peu d’éclairage je dépasse tout simplement ces 6000 Watts et cours le risque de faire déclencher le disjoncteur, et que dire si sournoisement un frigo se met en route tout seul entre temps… (c'est fourbe un frigo, ça se met en marche n'importe quand ;-)
Premier témoignage...
Or, que disent ces malheureux clients ? Si je dis malheureux, ce n'est pas péjoratif, mais c'est parce qu’ils me faisaient vraiment peine à voir, pour la simple raison qu’il s’agissait là de clients qui ne comprennent sincèrement pas ce qui leur arrive, et qui ont un réel besoin d’explications ! Si vous en êtes là vous aussi, n’hésitez pas à nous contacter au 0.8000.054.659, nos équipes se feront un réel plaisir de vous répondre !
Bref, revenons à notre sujet. Postulat de départ, ces clients disposent d’un contrat à 6kVA (6000 Watts) ils le disent eux même dans la séquence, et ils ajoutent invariablement que… « ça marchait bien avant ». Si le journaliste choisit de s'en tenir là, il est pourtant passionnant de prêter attention aux deux témoignages de ce couple à qui on aimerait tellement expliquer sereinement la situation.
D'abord celui de Monsieur dans la cuisine, puis celui de Madame au sous sol. Mais que disaient-ils alors ? Dans la première séquence où ils sont dans leur belle cuisine vert-Linky (merciii !), le monsieur déclarait : « avec l’ancien compteur, on pouvait mettre la pyrolyse, lave vaisselle, ballon d’eau chaude »… Et là je me dis, ah oui quand même… On résume ? Un lave vaisselle appelle environ 2000W, le nettoyage d’un four par pyrolyse c’est entre 2000 et 3000W et un ballon idem entre 2000 et 3000W. Nous sommes donc typiquement dans la situation où au bas mot, ces clients appellent la puissance de 6000W (voir plus) pour laquelle ils paient l'abonnement correspondant (6kVA). Avec ces simples données, il n'est pas étonnant qu'un disjoncteur (correctement réglé), ou bien un compteur Linky déclenche.
Et ça, c’est sans compter sur une possible VMC qui tourne silencieusement 24h/24, l'éclairage de la maison dont une partie au moins est allumée pendant le tournage du reportage, et on peut même ajouter à cela le(s) frigo(s), congélateur(s)… qui peuvent se mettre en route tout seuls à n’importe quel moment, et ajouter ainsi 200 ou 300W à une charge qui n'a vraiment pas besoin de ça. Et c’est sans compter le tournage même du reportage où les journalistes peuvent logiquement en profiter pour vous demander gentiment, et presque innocemment s’ils peuvent brancher leur projecteur pour avoir un éclairage plus important et plus homogène pour la qualité de l’image…
Second témoignage...
Le second exemple que nous donnent ces clients, c’est lorsqu’ils descendent dans leur sous-sol. Madame prend la parole et parle de leur nouveau mode de fonctionnement adopté pour leur permettre d’utiliser 3 appareils qui fonctionnaient pourtant bien ensemble « avant », à savoir le lave vaisselle, le lave linge et le ballon d’eau chaude. Pour ce faire, les clients ont été obligés d’opter pour une alternance d'utilisation de leurs appareils, afin qu’un seul équipement accompagne le ballon d’eau chaude en début de soirée, tandis que l’autre prend le relais au petit matin… Sauf que, si là encore on résume la situation initiale, un lave vaisselle appelle environ 2000W, c’est idem pour le lave linge (+de 2000 W) et le ballon d’eau chaude est toujours entre 2000 et 3000 W. Là aussi, « avant » les clients étaient au taquet des 6kVA souscrits, et tout ça sans rien pouvoir utiliser d'autre, pas de VMC, pas d'éclairage, pas de télé, par de frigo, rien. Difficile à imaginer.
Après ces deux exemples... quelle explication ?
Pour quelle raison ça fonctionnait « avant ». Et bien en fait, l’expérience sur le terrain depuis 2010 (expérimentation en Indre-et-Loire et sur Lyon) et 2015 (début du déploiement sur la France entière) nous a enseigné que quelques fois, le réglage du disjoncteur sur place ne correspondait plus du tout à la puissance réellement souscrite par les clients (et qui détermine pourtant le montant de l’abonnement… cette notion financière est très importante, nous y reviendrons car c'est bien le cœur du problème…).
Mais alors, quel petit futé avait bien pu modifier ce réglage de disjoncteur ?
Et bien les cas rencontrés sont extrêmement variés. Parfois c’est le client lui-même (le geste est très simple), parfois c’est « quelqu’un qui s’y connait » (le voisin, un ami, le beau-frère etc…). Et si parfois c’est le client actuel qui a rusé, ça peut être aussi une situation bien antérieure à l’entrée dans le logement du client actuel et la situation peut avoir duré des dizaines d’années… le malheureux client en a alors hérité à son insu.
Quelles sont les conséquences de cette ruse concernant le réglage du disjoncteur ?
Et bien que ce réglage ait été ou non à l’initiative du client actuel, et qu’il en ait été au courant ou non, la première conséquence est d’ordre financier bien sûr (c’est tout l'objectif de la manœuvre initiale)… Je paie un abonnement 6kVA…, je règle mon disjoncteur sur 12kVA… et hop ! ça ne disjoncte jamais malgré les puissances appelées bien supérieures aux 6 kVA autorisés par cet abonnement. Logique alors de passer d'une situation facile d'utilisation, et indolore financièrement, à une posture du "ça fonctionnait bien avant" dès que l'on reprend le réglage initial.
A votre avis, pourquoi croyez-vous que tant d’opposants aussi virulents barricadent ainsi le coffret qui contient le compteur et ce fameux disjoncteur ?...
A titre indicatif, voici quelques exemples de coûts de l’abonnement issus du site https://www.fournisseur-energie.com/edf-fournisseur-historique/abonnement-prix-6kwh/
Et alors... c’est le moment où le compteur Linky arrive... et où les conséquences de ce réglage apparaissent au grand jour.
En effet, le technicien ne fait pas "que" remplacer un compteur par un autre, il règle également le disjoncteur au max puisque techniquement c’est Linky qui reprend le rôle du déclenchement en cas de dépassement de puissance (et pendant que j’y pense, le compteur Linky comporte également une protection, un « breaker » qui s’ouvrira automatiquement si une surtension apparaît soudainement sur le réseau, afin de protéger toute l’installation des clients. Et ça, les anciens compteurs ne le faisaient pas !). Puis, le poseur programme le compteur en enregistrant dans les paramètres la puissance qui est inscrite au contrat du client (donc 6kVA). Jusque là, rien d’anormal donc, le client payait pour 6kVA, et c’est bien 6kVA qui est alors enregistré comme valeur limite.
Puis le poseur repart…
... et sans rien changer à leurs habitudes, aux premières heures où la puissance atteinte max « habituelle » est appelée, Linky mesure qu’elle dépasse allègrement la puissance souscrite et déclenche tout comme comme l’aurait fait n’importe quel disjoncteur correctement réglé… et c’est le drame, parce que « ça fonctionnait bien avant ».
Vous l’aurez compris, il est simpliste de résumer cela à un dysfonctionnement du compteur, car il s’agit en fait de la mise en conformité d’une situation anormale où la puissance réglée doit respecter la puissance souscrite...
Évidement, le client qui voit venir le coup parce qu'il fraude volontairement (si si, ça s’appelle une fraude, ou une « perte non technique » en langage politiquement correct) va vociférer en évoquant tout un tas de faux arguments afin de jeter un écran de fumée, tout en espérant figer la situation, pour lui permettre d'appeler la puissance qu'il veut tout en réglant un abonnement minimum. On en a vu un certain nombre devenir du coup, particulièrement actifs au sein de comités d’antis… et du coup, on comprend mieux leur attachement à l’ancien compteur… et leur volonté que plus personne n'y accède...
Mais le client qui est de bonne foi, et qui subit cette situation ne sera pas satisfait non plus (puisqu’il n’était pas au courant de cette manipulation sur le disjoncteur du logement qu’il a acheté/loué), et on peut tout à fait le comprendre. Et c'est là où nous devons tenter d’apporter les explications nécessaires, et ce malgré le brouhaha savamment orchestré par les antis-Linky.
Pas un problème technique, mais bien une question d'euros...
Vous l'aurez compris, l’avantage pour l’un comme pour l’autre, c’est que durant toutes ces années (des décennies même parfois) l’ « économie » réalisée par le client n’est pas négligeable entre l’abonnement qui lui était facturé, et ce qu’il aurait réellement dû régler… La pose du compteur ne fait que révéler une situation anormale, et permet de la corriger.
Epilogue...
A ce stade, il n’existe que deux solutions pour le client. a) Soit il ne veut rien changer à ses habitudes de consommation, et dans ce cas il doit régler le montant de l’abonnement qui correspond à la véritable puissance qu’il utilise quotidiennement (on peut faire le parallèle en téléphonie avec un forfait de communication d’une heure qui, à la suite d’une manipulation anormale permettrait illégalement de converser sans limites). b) Soit il souhaite conserver l’abonnement qu’il a souscrit, et il accepte en conséquence de n’appeler qu’une puissance conforme à la puissance max permise par cet abonnement.
Il est important de retenir qu'en aucun cas Linky ne provoque cette augmentation d’abonnement. Ce sont bien les habitudes de consommation de chacun.
Difficile pédagogie…
Le fraudeur lui, inutile de tenter de s’épuiser à argumenter puisqu’il ne cherchera pas à entendre les explications, d’où le « il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre » que je citais au début de cet article. Il ergotera, rebondira sur chaque mot, chaque terme, chaque virgule. Une tentative d’explication de votre part, et ce sont des paragraphes entiers que vous recevez en retour, sans jamais tenir compte de la réponse qui a été apportée. Le dilemme, c’est qu’il ne faut JAMAIS ménager ses efforts pour expliquer cette situation au client de bonne foi.
Mais comment dissocier ces deux profils ? Et bien c’est quasiment impossible, d’autant que même le client de bonne foi peut avoir une compréhension de la situation au moins partiellement faussée par ce qu’il lit dans les journaux ou sur internet, là où les platistes les plus dynamiques mènent une campagne bruyante, en répétant en boucle leur simpliste et sempiternel « ça marchait avant donc c’est la faute à Linky »…
Enfin… il y a une autre conséquence bien plus sournoise encore...
... et qui impacte tout le monde sans le savoir. Cette conséquence touche au dimensionnement même du réseau basse tension. En effet, imaginez à l’échelle d’un quartier, de nombreux clients dans ce cas. Des abonnements déclarés sans rapport avec des puissances appelées bien supérieures, et tout ça sans aucun déclenchement de disjoncteur pour ces clients. Et bien le premier client qui déplorerait des baisses de tension risque de se voir répondre que selon les calculs de nos bases de données, le réseau n’est pas en contrainte (sans Linky, nos bases de données ne peuvent se référer qu’aux puissances souscrites). Seule une mesure sur place pourrait lever le doute, mais encore faut il qu’il y ait un doute, et puis cela prend du temps et la satisfaction du client est alors mise à mal.
Alors qu'avec Linky, les puissances souscrites sont conformes à la réalité du terrain, les mesures à distance sont simplifiées, et le Distributeur peut dimensionner les ouvrages en fonction des besoins réels.
Conclusion…
J’espère que ces quelques lignes vous auront apporté quelques éclaircissements, et que la prochaine fois où vous lirez un gros titre dénonçant une explosion de factures à cause de ce qui n’est finalement qu’un compteur, vous pourrez porter un regard critique sur la manière dont est présenté l'article, le choix de son titre, et la recherche de la vérité.
A une prochaine fois !